Retards et files sur la Chaussée de Bruxelles…

Question orale de Véronique Durenne au Ministre Maxime Prévot.

Mme Durenne (MR). – Monsieur le Ministre, je suis très heureuse de vous retrouver dans cette commission qui, je n’en doute pas, sera très constructive. Un article de presse paru le 18 septembre faisait état d’une mesure controversée concernant la circulation routière à l’entrée des villes et particulièrement sur la Chaussée de Bruxelles à Tournai.

En effet, depuis début septembre, celle-ci fait l’objet d’un test. Il s’agit de réduire le nombre de bandes pour, selon l’article, des raisons de sécurité, mais également pour s’adapter au nouveau plan de mobilité voulu par le SPW. Cependant, cela a pour effet d’engendrer de très longues files et de nombreux retards pour les usagers et notamment les écoliers et les travailleurs qui arrivent alors en retard à l’école et sur leur lieu de travail avec parfois des sanctions à la clé.

Comment expliquez-vous une telle situation ? Dans l’immédiat, des aménagements sont-ils prévus pour réduire les nuisances causées ?

À l’avenir, comment éviter ce genre d’inconvénients ?

Enfin, existe-t-il d’autres routes et villes qui seront concernées par ces mesures qui ralentissent les usagers ? Si oui, anticiperez-vous des solutions aux nuisances potentielles ?

Mme la Présidente. – La parole est à Mme Waroux pour poser sa question.

Mme Waroux (cdH). – Monsieur le Ministre, je vous confirme bien que le nouveau marquage au sol sur l’un des axes d’entrée principaux de Tournai pose d’importants embarras de circulation. Effectif depuis la mi-août, le passage de quatre à deux bandes, une dans chaque sens de roulage, de la Chaussée de Bruxelles se révèle encore plus problématique depuis la rentrée scolaire. Je peux témoigner de son encombrement, les embouteillages se forment en heure de pointe depuis la sortie d’autoroute sur près de 2,5 kilomètres. Le temps de parcours, jusqu’à une demi-heure, je l’ai testé, est totalement déraisonnable pour une ville de la taille de Tournai, loin d’être comparable à Bruxelles. La grogne, tant des automobilistes que des riverains, se manifeste notamment sur les réseaux sociaux, où une page dénommée « Contre le rétrécissement de la chaussée de Bruxelles à Tournai » compte déjà plus de 1 600 adhérents. L’argumentation du SPW en faveur de ce rétrécissement est sécuritaire : une vitesse modérée, des passages pour piétons et des pistes cyclables sécurisées.

Or, il semblerait que les moyens mis en œuvre ne rencontrent pas ces objectifs, certes très louables. Les automobilistes, excédés par l’encombrement, adoptent un comportement dangereux en franchissant par exemple la ligne continue, en dépassant par la droite, sur la piste cyclable. De plus, les cyclistes, par ailleurs très peu nombreux dans cette zone faiblement peuplée, traversent la bretelle d’accès des automobilistes vers l’autoroute et se mettent réellement en danger. En tout état de cause, la mesure semble disproportionnée. Le citoyen a le sentiment qu’il s’agit d’un plan conçu dans des bureaux par des personnes éloignées de la réalité du terrain, dont l’effet pervers est de créer de nouveaux problèmes. Il a conscience de la nécessité de réduction de la vitesse, de sécurisation des passages pour piétons et de la promotion de la mobilité douce, mais dénonce cette mesure drastique prise au détriment de navetteurs non responsables des dérives de certains fous du volant. De plus, cette mesure réduit l’attractivité de Tournai en augmentant significativement le temps d’entrée dans la ville. La mesure a été annoncée comme provisoire, en test pour une durée de six mois. Il me semble, Monsieur le Ministre, qu’elle mériterait d’être corrigée rapidement. Il conviendrait que les experts en voiries de la DGO1 réfléchissent au plus vite à une solution qui n’opposerait pas sécurité et mobilité. Des corrections sont-elles à l’étude ?

Mme la Présidente. – La parole est à M. le Ministre Prévot.

M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine.

– Mesdames les Députées, merci. Soyez rassurée, Madame Durenne, à chaque fois que nous avons l’occasion de nous réunir ce fut toujours très constructif. Les aménagements que vous évoquez toutes les deux visent à mettre en œuvre le fameux Plan communal de mobilité de la Ville de Tournai. Ce PCM est une initiative communale qui réunit différents acteurs locaux et régionaux de la mobilité, dont évidemment la DGO1 du SPW fait partie. Ce n’est donc pas une initiative de ma seule administration, soyons clairs. Il y a des interrogations le cas échéant à retourner vers les choix qui ont été portés par la ville. Les objectifs de ce plan sont entre autres d’organiser les déplacements en terme de hiérarchisation, de mise en réseau, d’interconnexion, de règlementation, de promouvoir la mobilité de proximité, pensons à la marche et au vélo, et de faciliter la mobilité des personnes qui sont elles-mêmes à mobilité réduite, et limiter la pression automobile.

Ce sont les trois grands objectifs de ce projet de PCM qui ont été validés tant par les autorités locales que régionales dans un bon partenariat. Les aménagements sur la chaussée de Bruxelles sont une étape dans la mise œuvre de ce PCM. Beaucoup d’aménagements complémentaires restent évidemment encore à faire, tant dans le chef du gestionnaire de voirie – qu’il s’agisse de la commune ou bien du SPW – que des TEC, par exemple tout l’enjeu des bus. J’entends bien qu’il y a des difficultés qui existeraient actuellement sur la chaussée de Bruxelles, je souhaite néanmoins laisser un peu de temps au temps avant de statuer d’une manière définitive sur l’opportunité d’adapter ou non l’aménagement en une bande de circulation. Si vous m’autorisez une petite digression dans une ville qui m’est chère. J’ai connu aussi un débat similaire pour la chaussée de Louvain qui est une voirie régionale pénétrante dont les bandes ont également été réduites. Ce qui n’a pas toujours été compris au départ par les concitoyens, qui génère d’ailleurs encore quelques grincements de dents, mais qui en termes de mobilité, avait été conçu pour favoriser un report de charges pénétrantes dans la ville sur une autre voirie, la chaussée de Hannut, en l’occurrence, avenue Albert Ier, que vous êtes peut-être nombreux à emprunter lorsque vous gagnez le Parlement. C’est vrai que c’est toujours une contrainte et ce n’est pas toujours compris si on n’a pas une vue hélicoptère. Je postule que c’est dans le même cadre de réflexion que cette mesure a été envisagée. La situation de la chaussée, on le sait, est complexe. Avec notamment la présence d’un passage pour piétons pour accéder à une école, qui oblige à passer par un compromis entre mobilité et sécurité des élèves et du corps enseignant. J’ai eu l’occasion de parcourir l’un ou l’autre article de presse, il y a quelques semaines, dernier jour même, qui semblaient démontrer que la circulation finalement ne posait pas de problème outrancier. On garde bel et bien la situation à l’œil.

On verra dans les faits et dans le temps, si oui ou non l’aménagement d’une bande de circulation s’avère judicieux, à confirmer !

On ne pourra savoir, que si l’on se donne un minimum de temps et que l’on ne statue pas juste après quelques semaines seulement.

Mme la Présidente. – La parole est à Mme Durenne.

Mme Durenne (MR). – Merci Monsieur le Ministre pour vos réponses. Néanmoins, dans ce dossier je reste toutefois sceptique sur ce bien-fondé d’une mise en 

œuvre partielle de ce plan parce que cela crée déjà tellement problème. Par exemple, nous avons zone commerciale, à la sortie de l’autoroute, et pour éviter ce temps d’attente trop long, les automobilistes empruntent cette zone commerciale, le parking. En zone économique attractive, on peut peut-être faire mieux que d’emprunter ces parkings. J’en conviens, c’est intéressant, qu’à l’avenir, ces aménagements aient le moins d’incidences possibles sur le temps de parcours des usagers qui je peux vous l’assurer, est très long le matin, pour l’avoir testé également moi-même. Maintenant, la sécurité, on ne la remet absolument pas en cause du tout, mais vu la largeur de la chaussée de Bruxelles, il y avait peut-être des aménagements matériels, des moyens matériels qui étaient possibles avant de procéder à ce rétrécissement. J’insiste aussi sur le fait que l’on prône également les transports en commun. Maintenant, nous avons un gros problème – et là on va tourner en rond – c’est que les environs de Tournai sont effectivement très mal desservis. Là, il y a également matière à travailler au niveau des transports en commun.

Mme la Présidente. – La parole est à Mme Waroux.

Mme Waroux (cdH). – J’entends bien Monsieur le Ministre et je le remercie pour ses réponses. On est effectivement dans une initiative communale, mais établie avec la DGO1. Or, on sait quand même que des experts sont supposés être présents à la DGO1. Le report, la valorisation de la marche et du vélo, d’accord, mais il n’y a pas vraiment de zones d’habitat concerné, vous le verrez aisément avec Google Earth. Vous dites laisser du temps au temps, je vous assure que lorsque l’on est en voiture, là, on l’apprécie le temps. En matière de formation, en matière de mobilité, vous parlez de la vue hélicoptère, c’est vraiment le terme utilisé et fondamental en matière de mobilité, l’autre élément important, c’est la fluidité. Or ici on ne la rencontre absolument pas. La comparaison avec Namur est judicieuse, puisqu’ici, on a effectivement un report de charges sur la chaussée de Renaix. La présence de l’école, passant régulièrement là, il faudra la repréciser parce que l’on ne voit pas énormément d’écoliers dans cette zone et l’aménagement précédent incluait déjà des pistes cyclables. Voilà une série d’éléments qui peuvent de nouveau entrer dans la discussion. Merci, Monsieur le Ministre.