La préscription de médicaments aux personnes âgées en institutions

MédicamentJ’ai interrogé le Ministre Maxime Prévot concernant la prescription de médicaments aux personnes âgées en institutions. Les personnes âgées sont plus sensibles aux effets indésirables médicamenteux engendrant alors, pour les plus de 65 ans, un risque accru de morbi-mortalité ainsi qu’un recours plus fréquent aux soins ambulatoires et hospitaliers.Il se trouve que plus l’âge augmente, plus les médicaments peuvent présenter un risque plus ou moins dangereux pour les personnes âgées. 

La liste de Beers établi ainsi toute une série de médicaments qu’il faut éviter de prendre lorsqu’on est une personne âgée car ces substances peuvent augmenter le risque de vertige, d’effets secondaires, etc. À terme, ces substances peuvent mettre à mal l’autonomie de la personne âgée.

Aujourd’hui, un quart des résidents en institutions reçoivent encore des antipsychotiques, normalement réservés aux traitements de maladies psychiatriques et un tiers reçoit des médicaments listé dans le fameux référentiel de Beers, comme les benzodiazépines.

L’INAMI, quant à lui, réalise en ce moment même une série d’expériences pilotes en vue de tester un nouveau procédé plus rationnel et plus adapté de prescription des médicaments et aussi ainsi économiser 10 millions d’euros par an.

Le Ministre, s’il rappelle que la politique de médicament et l’art de guérir est une compétence du fédéral, ajoute qu’il faudra travailler avec toute les parties prenantes de manière à ce que « la prescription, la fourniture, la délivrance, la conservation et la distribution de médicaments en concertation avec les pharmaciens » soient appliquées le plus efficacement sur le terrain. Ces dispositions proviennent de l’arrêté royal du 9 mars 2014.

Cependant, le Ministre élude la question du « pourquoi ». En effet, pourquoi, alors que les effets négatifs sont connus, les personnes âgées, pour trop d’entres, continuent de recevoir des médicaments potentiellement dangereux. Si l’Art de guérir est une compétence fédérale, cela n’en reste pas moins une réalité régionale et qui touche au domaine de la santé et dont il est possible de discuter en Conférence Interministérielle.

Voici l’échange complet:

Mme la Présidente. – L’ordre du jour appelle la question orale de Mme Durenne à M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine, sur « la prescription de médicaments aux personnes âgées en institution ».

La parole est à Mme Durenne pour poser sa question.

Mme Durenne (MR). – Monsieur le Ministre, nous ne sommes pas sans savoir que, au long de notre vie, nous usons de médicaments, à raison parfois, à tort dans d’autres cas. Sachez que je suis bien placée pour pouvoir en parler. Il se trouve que plus l’âge augmente, plus les médicaments peuvent présenter un risque plus ou moins dangereux pour les personnes âgées.

En effet, celles-ci sont davantage exposées aux effets indésirables médicamenteux engendrant alors, pour les plus de 65 ans, un risque accru de morbi-mortalité ainsi qu’un recours plus fréquent aux soins ambulatoires et hospitaliers.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe des listes de références, comme la liste de Beers, par exemple, qui déconseille la prescription de certaines substances chez les personnes âgées. Pourquoi ? Parce que ces substances peuvent augmenter certains effets secondaires, tels que vertiges, par exemple. À terme, ces substances peuvent mettre à mal l’autonomie de la personne âgée.

Aujourd’hui, un quart des résidents en institution reçoivent encore des antipsychotiques, normalement réservés aux traitements de maladies psychiatriques, et un tiers reçoit des médicaments listés dans le fameux référentiel de Beers, comme les benzodiazépines.

Une trentaine d’expériences pilotes ont été mises en place par l’INAMI dans plusieurs maisons de repos. Elles sont destinées à tester un nouveau procédé plus rationnel et plus adapté de prescription des médicaments. Ces projets pilotes sont en cours. Il faut savoir que l’INAMI espère réduire ainsi de dix millions d’euros le volume des produits pharmaceutiques remboursables.

L’approche médicamenteuse ne doit pas être la seule, et le Conseil national des établissements hospitaliers avait rendu un avis en février 2012 en ce sens. Lequel signifiait que le médecin coordinateur doit organiser l’accompagnement des résidents qui souffrent de démence et de dépression au sein des MRS, particulièrement en ce qui concerne des approches non médicamenteuses. Cette compétence, suite à la sixième réforme de l’État, revient aujourd’hui aux Régions.

Mes questions sont les suivantes.

Qu’en est-il de cet avis aujourd’hui ?

Des dispositions ont-elles été mises en œuvre afin de renforcer le rôle du médecin coordinateur dans l’accueil et surtout l’accompagnement des résidents et ainsi diminuer l’usage d’antipsychotiques et d’antidépresseurs ?

Quelles sont les informations supplémentaires et nouvelles dont dispose M. le Ministre sur l’ensemble du sujet ? M. le Ministre dispose-t-il également d’informations concernant les projets pilotes, leur mise en œuvre, leur suivi, et cetera.

Pourquoi existe-t-il encore un taux élevé de personnes âgées à qui sont prescrits ce type de médicaments dans les maisons de repos ?

Des campagnes de préventions et d’informations, à destination à la fois du personnel soignant et des patients, sont-elles prévues ?

Mme la Présidente. – La parole est à M. le Ministre Prévot

Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine. – Madame la Députée, l’arrêté royal du 9 mars dernier qui est venu modifier l’arrêté royal du 21 septembre 2004 fixant les normes pour l’agrément spécial comme maison de repos et de soins contient des dispositions relatives à la prescription de médicaments et au rôle du médecin coordinateur et conseiller. Le texte arrête en effet toute une série de tâches que le médecin coordinateur et conseiller doit assumer, en concertation avec l’infirmier ou infirmière en chef. Parmi les tâches liées aux soins, le législateur fédéral a prévu, je cite « (…) l’organisation de la prescription, la fourniture, la délivrance, la conservation et la distribution de médicaments en concertation avec les pharmaciens ».

Cette disposition, ainsi que l’ensemble de l’arrêté royal de mars dernier, est entrée en vigueur le 20 avril 2014, soit dix jours après sa publication au Moniteur belge.

Aucune période transitoire n’a été prévue. Il s’agit donc d’un chantier de plus auquel nous devrons, avec toutes les parties prenantes, nous atteler pour qu’il soit le plus efficacement possible applicable sur le terrain. Un juste équilibre entre les fonctions de chacun devra être établi. Mais je rappelle que la politique en matière de médicaments et l’art de guérir sont une compétence exclusive du Fédéral.

En d’autres termes, l’acte de prescription de médicaments, qui est de la responsabilité du seul médecin prestataire, relève de l’art de guérir et est donc de la compétence de ma collègue, Mme De Block.

Les formations continues des médecins prescripteurs ne manquent pas d’apporter leur contribution à la prise en compte de l’amélioration de qualité de la prescription chez la personne âgée.

En 2013, la conférence interministérielle Santé publique a marqué son accord quant à la réalisation d’une étude en matière de prescription de médicaments en maisons de repos et de maisons de repos et de soins pour personnes âgées par l’INAMI. Ces trente « projets INAMI » auxquels vous faites allusion, sont la traduction de cette étude. Leurs résultats ne sont attendus que vers début 2016, d’après ce que l’on me dit. L’équipe de recherche formulera alors ses premières propositions et une phase test de 6 mois maximum est prévue pour évaluer ces propositions dans les mêmes établissements. Il faudra donc attendre les conclusions finales pour en tirer les enseignements.

Je tiens enfin à rappeler qu’en matière de politique de qualité dans l’accueil et l’accompagnement des résidents, toute maison de repos doit arrêter son projet de vie.

Cet outil, certes obligatoire pour se voir délivrer un titre de fonctionnement, a vocation à évoluer et il constitue la carte de visite propre à l’établissement – un peu comme les projets pédagogiques pour les écoles – qui doit notamment comporter des dispositions relatives aux mesures prises dans le but de respecter la personnalité des résidents, d’apaiser le sentiment de rupture éprouvé par eux et leur famille, lors de l’entrée, et de déceler les éléments qui permettront, au cours du séjour, de mettre en valeur leurs aptitudes et leurs aspirations mais aussi des dispositions relatives à la participation des résidents, chacun selon ses aptitudes.

Mme la Présidente. – La parole est à Mme Durenne.

Mme Durenne (MR). – Merci, Monsieur le Ministre pour ces réponses. Je prends bonne note que nous aurons un retour dès 2016. Maintenant, je souligne le fait qu’il est très important, parce que je trouve affolant de voir cette augmentation constante d’antipsychotiques, réservés plus spécialement à la psychiatrie, ou d’antidépresseurs qui sont prescrits dans les maisons de repos.

Pour moi, il y a l’accompagnement de la personne âgée également qui doit se faire et le médicament ne doit pas être le premier choix, lors de cette entrée en maison de repos. Il est vrai qu’avec la personne âgée, nous savons tous qu’il y a des modifications physiologiques, des modifications pathologiques et donc la personne âgée est très sensible à certaines molécules qui peuvent engendrer des effets secondaires. Nous avons, nous le savons également cet affaiblissement du système cholinergique et on a beaucoup de médicaments de la classe anticholinergique qui sont prescrits avec tous les effets secondaires connus – je ne vais pas les citer, je ne vais pas faire le cours de pharmacologie ici. Cette augmentation de prescription d’antipsychotiques et d’antidépresseurs, en maisons de repos, m’interpelle énormément. Lorsque j’exerçais encore, il n’y a pas très longtemps, lorsque je voyais les ordonnances, je vous assure qu’il y a vraiment un travail de fond qui doit être fait de la part de tout le personnel qui gravite autour du milieu médical.