Salle de concert dans le tournaisis, rien non plus du coté ministériel…

SMALFESTJ’ai interpellé la Ministre de la Culture Joelle Milquet, avec l’espoir d’y trouver un élément de solution aux problèmes que rencontrent actuellement, entre autres, les organisateurs de la Smala Festival.
La Ministre est claire: pas de budget, pas de nouvelle salle. Pour le reste, elle s’en remet à la décision du Bourgmestre ff. de la Ville.
La politique de gel des investissements aura bien des impacts concrets!

Elle propose néanmoins à la Ville d’acquérir le fameux chapiteau de l’Opéra de Liège, actuellement en vente pour la somme de 500.000 euros.  A la place d’une grande salle de concert digne de ce nom, est-ce une solution potentielle?
Selon moi, c’est un très mauvais signal envoyé aux jeunes qui s’investissent énormément.
La totalité de l’échange ci-dessous. 
Mme Véronique Durenne (MR). – Récemment, la presse faisait état de l’interdiction pour des jeunes de l’entité de Tournai, formés en asbl, d’organiser un festival de musique. Ce festival, de taille modeste, n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis quatre ans. Au départ, ce festival était destiné à recueillir des fonds pour aider un groupe dont le matériel avait péri dans un incendie, mais les organisateurs se sont vite rendu compte qu’il y avait une demande forte des jeunes du Tournaisis pour ce type d’événement, qui accueille des artistes renommés.

Ces jeunes ont donc décidé de poursuivre l’aventure et de viser plus loin. Ils ont d’ailleurs reçu dans un premier temps la permission d’organiser cet événement sur le site de Tournai-Expo. Plus de mille personnes se sont rassemblées durant la soirée et plus d’une quinzaine d’artistes se sont produits sur scène. Ce genre de festival permet aussi de faire émerger de nouveaux talents venant de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette année, pour sa cinquième édition, les organisateurs se sont vu opposer une fin de non-recevoir et n’ont pas pu obtenir le Saint-Graal, à savoir l’autorisation communale.

En effet, la salle a été jugée inadaptée pour ce type d’événement à la suite de débordements qui se sont produits lors d’autres manifestations moins culturelles et plus privées. Les riverains quant à eux y sont opposés car un ensemble de règles, notamment sonores, ne seraient pas respectées. Aujourd’hui, la pérennité du festival est menacée et le signal envoyé aux jeunes désireux de se rendre utiles sur le plan culturel en organisant des événements rassembleurs est désastreux.

Si la décision finale d’autoriser ou non un événement revient à la commune, il n’en reste pas moins que cette décision est regrettable sur le plan culturel et de la politique de la jeunesse. Cette asbl n’est d’ailleurs pas la seule concernée dans le Tournaisis.

D’autres, qui organisent aussi des concerts régulièrement, de moindre ampleur, avec une centaine de personnes, seraient également tentés de quitter la ville de Tournai par manque d’infrastructures.

Quel regard portez-vous sur cette problématique?

À long terme, doit-on se faire à l’idée que ce type d’événement est voué à être proscrit du Tournaisis par manque d’infrastructures adaptées?

D’ailleurs, comment justifier qu’une ville comme Tournai, première ville de Wallonie picarde, ne dispose pas d’une salle permettant de tels événements porteurs au niveau culturel?

La mise sur pied d’une infrastructure plus adaptée pour des événements de ce type est-elle envisagée dans un futur proche, par le biais des fonds européens? Dans l’affirmative, une telle initiative progresse-t-elle? Dans le cas contraire, quelle en est la raison?

En attendant, quelles solutions peut-on dégager? Par exemple, peut-on envisager un partenariat avec un partenaire privé et l’octroi de subsides afin d’adapter les lieux pour les organisateurs?

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation,de la Culture et de l’Enfance. – Votre question concernant le refus de l’organisation de ce festival, le Smala Festival 2015, relève plutôt des compétences du bourgmestre et du conseil communal de Tournai, mais je vais quand même y répondre.

Ce refus est motivé par des plaintes de riverains apparemment liées à des niveaux sonores élevés lors d’autres événements qui se sont déroulés sur le site de Tournai-Expo. Ce site ne disposerait pas d’un permis d’environnement permettant d’organiser ce type d’événement.

Le festival compte en général un bon millier de participants mais il manque une infrastructure ayant une capacité suffisante. Je rappelle qu’un chapiteau ne coûtant que 500 000 euros est disponible! Voilà un point qui pourrait être soumis au conseil communal de Tournai. Je suis disposée à lui adresser un courrier pour expliquer que c’est une affaire en or, un investissement rapidement amorti, un projet original à un prix défiant toute concurrence.

Le fait de disposer ou non d’une salle résulte d’un choix de la commune. Il est vrai que le budget des infrastructures culturelles ne permet pas actuellement d’envisager des subsides pour une salle de concert de mille places. Les communes s’arrangent avec leur propre budget et avec des investisseurs, et peuvent éventuellement demander un soutien provincial. Nous pouvons toujours participer à un événement mais il serait très compliqué de le financer entièrement étant donné que nous devons actuellement choisir entre les hommes et les briques.

Nous devons travailler dans les limites d’une enveloppe et, si nous voulons doper la création, les budgets doivent être davantage consacrés aux artistes et à la création qu’à la construction de nouvelles infrastructures. Il est préférable de rénover les infrastructures existantes et d’optimaliser leur utilisation. Jusqu’ici, Tournai-Expo semblait convenir aux utilisateurs. Il y a plutôt un problème classique d’opposition des riverains. J’ignore si des problèmes réels de sécurité ou de permis environnemental se posent. Ces questions relèvent de l’autorité communale.

Mme Véronique Durenne (MR). – J’avais l’intention de commencer ma réplique en évoquant, moi aussi, le chapiteau!

Plus sérieusement, les jeunes sont vraiment demandeurs d’une infrastructure. C’est pourquoi je me suis adressée à vous, madame la ministre, et non au bourgmestre de Tournai, dont je respecte les décisions. Il est responsable de la sécurité et doit veiller au respect des règles. J’ai bien noté que les moyens limités de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont octroyés prioritairement aux artistes et, dans une moindre mesure, aux infrastructures.

Il faudrait toutefois veiller à ne pas tuer des projets dans l’œuf par manque d’infrastructures car, finalement, cela aurait des répercussions sur la culture elle-même. Les pouvoirs locaux doivent également s’efforcer de trouver des solutions. J’ai le sentiment que la Wallonie picarde est souvent oubliée, et je le déplore. Tournai étant la première ville de la Wallonie picarde, il serait intéressant qu’elle dispose d’infrastructures, parmi lesquelles une salle de concert digne de ce nom.

Nous adressons un mauvais signal à ces jeunes qui se sont énormément investis. Leur seul objectif était d’organiser une manifestation culturelle à Tournai. Pour l’instant, les portes sont fermées mais j’espère qu’une solution sera trouvée pour doter la ville d’une salle de concert digne de ce nom. Il est déplorable de décourager tous ces jeunes qui s’impliquent dans la politique culturelle.