Pas de dépistage systématique du cancer du poumon.

cancerLa Belgique se situe dans le trio de tête européen en ce qui concerne le nombre de cancers du poumon parmi les personnes atteintes d’un cancer, avec 24,5% des cas.

Face à cette malheureuse constatation, j’ai interrogé le Ministre sur la possibilité d’organiser un dépistage systématique du cancer du poumon. Cependant, le Ministre met en avant le fait que certaines méthodes de dépistage comportent aussi des risques et « si l’objectif principal est de diminuer la mortalité spécifique du cancer du poumon, il est cependant indispensable d’évaluer les rapports risques/bénéfices et de répondre aux critères pour envisager tout dépistage organisé.« 

Retrouvez la totalité de l’échange ci-dessous (également une question de ma collègue Valérie Debue sur le sujet).

Le Président. – L’ordre du jour appelle les questions orales à M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine : – de Mme Durenne, sur « le dépistage du cancer du poumon » ; – de Mme De Bue, sur « la prévention du cancer ». La parole est à Mme Durenne pour poser sa question.

Mme Durenne (MR). – Monsieur le Ministre, question courte, mais avec toute son importance comme bien d’autres. Suite à différents articles de presse parus récemment, on apprenait que le cancer du poumon concerne 26,5 % des décès en Belgique avec des disparités chez les femmes et chez les hommes. Le pays fait d’ailleurs partie du trio de tête en Europe. Donc, pas de quoi en être très fier. J’ai déjà eu l’occasion, en Commission du budget, d’aborder le sujet. Ici, je demande quelques petites précisions.

Quels sont les chiffres exacts pour la Wallonie ? On sait que, en dehors d’une augmentation de la proportion due au vieillissement et de la baisse d’autres maladies, y a-t-il d’autres causes ?

Des mesures vont-elles être prises en matière de prévention et dépistage ? On en avait discuté. On avait vu qu’il y avait deux nouveaux articles budgétaires, avec, premièrement, concernant le dépistage, où vous m’aviez répondu très clairement, puisqu’une question avait été posée concernant cet article budgétaire.

Deuxièmement, c’était les subsides concernant les opérateurs pour la détection des cancers. Il y avait le cancer du sein et le cancer colorectal, avec des montants importants.

Ma question aujourd’hui est de savoir si, effectivement, il y aura un pas vers le cancer du poumon, qui se classe, comme je l’ai dit, dans le trio de tête, malheureusement.

Combien d’opérateurs du dépistage du cancer sont aujourd’hui agréés ou subventionnés ?

Quelles sont les règles en matière de dépistage en Wallonie ? Sont-elles appelées à évoluer ? Comme je l’ai dit, on privilégie davantage le cancer du sein et le cancer colorectal. Pourquoi, tout simplement ? Merci, Monsieur le Ministre.

le Président. – La parole est à Mme De Bue pour poser sa question.

Mme De Bue (MR). – Monsieur le Ministre, pour ma part, c’était une préoccupation plus globale sur la prévention du cancer en général. J’avais été frappée par la faiblesse de l’impact de la prévention. Seulement 10 % des personnes invitées à pratiquer des dépistages répondent à l’appel. Ils n’ont pas conscience du danger.

C’était un chiffre assez global. Il y avait des préoccupations d’acteurs du terrain, des médecins, des spécialistes en la matière, qui pointent une série de problèmes qui touchent la prévention, notamment le manque de coordination au sein même de la prévention, mais aussi l’éclatement des compétences entre différents niveaux de pouvoir. Il faut peut-être se rappeler qu’il y a, en Belgique, sept ou huit ministres de la santé. Peut-être que la sixième réforme de l’État et le transfert des compétences va clarifier le paysage institutionnel, mais il y a aussi des inquiétudes, notamment en matière de certains transferts de fonds.

 La prévention du cancer, en fait, touche toute une série de domaines. C’est une politique transversale qui concerne différentes politiques sectorielles. On peut penser au sport, à l’alimentation, à l’enseignement. J’aurais voulu savoir quelles étaient votre approche et votre analyse par rapport à cette situation ? Comment être plus performant en matière de prévention contre le cancer. Je vous remercie.

le Président. – La parole est à M. le Ministre Prévot.

Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine. – Merci Mesdames les Députées. Quelques chiffres, tout d’abord. Tout comme vous, j’ai eu l’occasion de prendre connaissance des données publiées très récemment par Eurostat, l’Office statistique de l’Union européenne, concernant les causes de décès en 2011 dans l’Union des 28 pays européens.

En Belgique, en 2011, le cancer, en général et non pas le cancer du poumon seul, causait 26,5 % des décès. Parmi l’ensemble des décès dû au cancer, 24,5 % étaient dus au cancer du poumon, ce qui, comme vous le disiez, Madame Durenne, plaçait la Belgique dans le trio de tête des pays européens en terme de proportion de cancer du poumon. Par ailleurs, le cancer du poumon était le cancer mortel le plus fréquent des États-membres, en dehors du Portugal, où il s’agissait du cancer colorectal. Les statistiques de décès les plus récentes pour la Wallonie proviennent de la Direction générale de la santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont les compétences ont été reprises par la Région wallonne, suite à la sixième réforme de l’État.

En 2013, un peu moins de 37 000 résidants wallons sont décédés, en Wallonie, un peu plus de 17 000 hommes et un peu plus de 19 000 femmes. Parmi eux, 2 192 sont décédés d’un cancer du poumon, soit un peu moins de 6 %, 1 501 hommes soit, 4,07 % de la population générale et 691 femmes, soit un peu moins de 2 % de la population générale.

Les causes du cancer du poumon sont multifactorielles.

À ce propos, il faudrait plutôt parler des cancers du poumon, vu les différents types existants. Outre le vieillissement de la population dont vous parliez, 80 à 90 % des cancers pulmonaires sont attribuables au tabagisme, selon la Fondation contre le cancer.

Le tabagisme passif dans la sphère familiale et professionnelle doit être pris en compte également, de même que les causes liées à la profession exercée, telle qu’une exposition à l’amiante, à la silice, au carburant chez les chauffeurs routiers ou encore les pompistes, mais qui se font plus rares. À prendre en compte également la pollution atmosphérique. L’exposition au radon, ce gaz radio-actif peut s’accumuler dans les habitations et est relativement plus fréquent en Wallonie que dans le reste du pays, car le sol y est plus riche en roche contenant naturellement de l’uranium. La prévention est essentielle, comme pour la prévention du cancer en général d’ailleurs. Il faut agir en tenant compte des causes reprises ci-dessus, dont la liste n’est certainement pas exhaustive.

Concernant la lutte contre le tabagisme actif et passif, outre des mesures restrictives, des aides sont proposées aux fumeurs pour arrêter de fumer. C’est la fonction de Tabac-stop, composé entre autres de tabacologue et relevant des compétences de la Wallonie depuis le transfert des compétences. À propos du radon, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire a mené une campagne à ce sujet, en collaboration avec le service d’analyse des milieux intérieurs, les fameuses SAMI et l’association des provinces wallonnes.

Quant au dépistage, à l’heure actuelle, il n’existe pas de dépistage systématique et organisé du cancer du poumon, ni en Wallonie, ni ailleurs. L’étude américaine de la National Lung Screening Trial, publiée en 2011, a évalué l’effet d’un dépistage utilisant un scanner à faible dose sur 53 000 fumeurs à haut risque du cancer du poumon, comparé à un dépistage par radiographie pulmonaire.

Elle a montré que le test par scanner à faible dose permettait de diminuer la mortalité suite à ce cancer de 20 % et de 6,7 % la mortalité, toutes causes confondues. Étant donné le risque engendré par les radiations, même à faible dose, ce dépistage ne peut se généraliser à toute une population, mais doit être réservé à des patients à haut risque de développer un cancer des poumons.

Les dépistages organisés en Wallonie, du cancer du sein, et colorectal, reposent sur les recommandations européennes de dépistage des cancers.

Si l’objectif principal est de diminuer la mortalité spécifique du cancer du poumon, il est cependant indispensable d’évaluer les rapports risques/bénéfices et de répondre aux critères susmentionnés pour envisager tout dépistage organisé.

Pour répondre plus spécifiquement à Mme De Bue, à présent, vous évoquez un manque de prévention au niveau du dépistage du cancer. Je commencerais par distinguer les cancers pour lesquels de nombreuses actions de prévention sont réalisées afin d’éviter l’apparition d’un cancer. Je pense aux actions liées au tabagisme, à une consommation excessive d’alcool, à une alimentation déséquilibrée, ou encore à un manque d’activités physiques. La promotion de la santé envers les adultes, anciennement une compétence de la Fédération Wallonie-Bruxelles et aujourd’hui transférée aux Régions, a déjà pour but de développer des programmes globaux de promotion des attitudes saines qui intègrent notamment la prévention de plusieurs types de cancers, mais aussi la prévention des maladies cardiovasculaires.

Mon intention est de poursuivre ces programmes, notamment envers les enfants, et les adolescents via les services de promotion de la santé à l’école et notamment aussi les cantines scolaires. Ils relèveront dorénavant de l’ONE qui sera chargé de la promotion de la santé de l’enfant depuis sa naissance jusqu’à la fin de ses études. D’autres acteurs tels que les maisons médicales développent, elles aussi, des programmes globaux de prévention des cancers via diverses activités de promotion de la santé, des ateliers culinaires, des ateliers de diététique, des ateliers d’activités physiques – il serait bon que je participe à tout cela d’ailleurs. Ce travail est particulièrement important, car il permet de toucher des familles issues de milieux plus précaires qui n’ont pas toujours un accès aussi facile aux informations et atteintes par les campagnes de sensibilisation. Comme j’ai déjà eu l’opportunité de le dire, la promotion de la santé a pour cadre le travail intersectoriel sur l’ensemble déterminant de la santé. Cette approche qui part des facteurs de risques et de protection permet de travailler sur quantité de maladies à la fois.

Ainsi, les attitudes saines, en alimentation, en activités physiques, non-consommation de tabac, et la prévention des assuétudes, contribue à prévenir les cancers tout comme elle contribue à réduire les maladies cardio-vasculaires ou le diabète, pour ne citer qu’elles. L’accent est mis en transversal sur la réduction des inégalités sociales de santé puisque l’on sait qu’il y a un gradient social dans le développement des maladies. Il est primordial de maintenir cette approche et le transfert de compétences ne la détruira évidemment pas. Le Gouvernement wallon continuera à mener une politique de promotion de la santé en collaboration notamment avec la Fédération Wallonie-Bruxelles qui a dans ses compétences le sport, l’enseignement et l’enfance qui sont des compétences avec lesquelles il faut travailler et notamment sur les facteurs déterminants de la santé.

Mon cabinet se concerte également avec le cabinet de Mme la Ministre Jodogne, compétente en la matière dans le cadre de la commission communautaire française. Aux côtés de ces programmes globaux de promotion de la santé et de la prévention de différents cancers, sont développés des programmes de dépistage de certains cancers tels le cancer du sein ou le cancer colorectal. Malgré les campagnes répétées de promotion de ces dépistages, le taux de participation à ces programmes gratuits de dépistages restent encore trop faibles. Les coordinateurs de ces programmes recherchent activement les moyens de convaincre davantage de personnes de participer à ces dépistages et progressivement, on le voit, les résultats s’améliorent. (Mme Kapompolé, Présidente, reprend place au fauteuil présidentiel)

Mme la Présidente. – La parole est à Mme Durenne.

Mme Durenne (MR). – Merci, Monsieur le Ministre, pour ces réponses très complètes à ma question. Je ne m’étendrai pas plus, mais je dirai simplement que 1, 2 ou 6 % de décès dus au cancer, ce pourcentage sera toujours trop élevé.

Mme la Présidente. – La parole est à Mme De Bue.

Mme De Bue (MR). – Monsieur le Ministre, vous avez bien, je crois, présenté tout le contexte. Ce qui m’a vraiment frappé, c’est le faible taux de participation de la population aux dépistages qui sont par ailleurs gratuits, vous l’avez vous-même rappelé, notamment pour les cancers du sein pour les femmes de 50 à 69 ans et aussi pour le cancer colorectal. J’ai bien entendu votre volonté de poursuivre les programmes globaux qui existent déjà, mais ces programmes sont-ils suffisamment efficaces en termes de moyens ou en termes de coordination ?

Je pense qu’une évaluation serait quand même utile, nécessaire, parce que ce taux est quand même beaucoup trop faible avec toute la panoplie qui existe et je pense que vous avez dit que les choses tendaient à s’améliorer, je l’espère, mais en tout cas je pense qu’une évaluation, à un moment donné, est indispensable