Un nouveau plan de lutte contre la pauvreté en Wallonie?

Pauvreté en WallonieJ’interrogeai le Ministre-Président sur la pauvreté en Wallonie et sur ce que le gouvernement prévoyait de faire pour y remédier.

C’est surtout lorsque l’on compare à la Flandre que les problèmes ressortent davantage fait-il valoir.

Le Ministre-Président a fait montre d’un certain volontarisme et d’une volonté de réduire les plans consécutifs en un semble plus cohérent.

Nous verrons en fin de législature si cela s’avère efficace.

Retrouvez ci-dessous l’échange complet. 

Mme la Présidente. – L’ordre du jour appelle la question orale de Mme Durenne à M. Magnette, Ministre-Président du Gouvernement wallon, sur « la pauvreté en Wallonie ». La parole est à Mme Durenne pour poser sa question.

Mme Durenne (MR). – Monsieur le MinistrePrésident, récemment, la presse faisait état de la pauvreté, voire l’extrême pauvreté, de certaines communes de la Wallonie. De manière générale, la Wallonie est plus pauvre que la Flandre, mais ce n’est pas nouveau.

Quelle est votre analyse sur ce sujet ? Quelle est votre vision d’avenir sur le sujet ? Pourquoi encore de tels résultats année après année ?

N’est-ce pas là un échec des politiques mises en œuvre ?

Quels objectifs le Gouvernement entend-il atteindre à la fin de la législature ?

Quels outils novateurs peuvent être mis en œuvre pour remédier à la situation ?

La DPR apparaît-elle suffisante pour permettre, d’une part, de diminuer les disparités intrawallonnes et, d’autre part, de diminuer l’écart avec la Flandre ?

Mme la Présidente. – La parole est à M. le Ministre-Président Magnette.

Magnette, Ministre-Président du Gouvernement wallon. – Madame la Députée, effectivement, la Wallonie est moins riche que la Flandre. Ce n’est pas nouveau, mais ce n’est pas si vieux que cela. C’était en 1966 que le basculement s’est fait. Depuis la fondation de l’État belge jusqu’en 1966, c’est la Wallonie qui a été beaucoup plus riche que la Flandre. Ce n’est pas par hasard si 500 000 Flamands ont quitté la Flandre pour venir vivre et travailler en Wallonie.

C’est parce que c’était la Wallonie qui était la terre de prospérité. L’histoire, parfois, s’inverse. Par ailleurs, aujourd’hui, la Flandre est une région particulièrement prospère – tant mieux pour nos voisins du nord – mais du coup, la comparaison avec la Flandre n’est pas toujours la comparaison la plus flatteuse, mais pas forcément non plus la plus pertinente. J’en viens maintenant au Plan de lutte contre la pauvreté. C’est un objectif qui me tient vraiment très profondément à cœur.

J’ai souhaité – c’est la première fois que c’est le Ministre-Président qui s’occupe directement de la coordination de la lutte contre la pauvreté en Wallonie – m’en occuper directement, m’assurer que l’ensemble du Gouvernement soit partie prenante et que cela ne soit pas simplement la politique du ministre de l’action sociale, mais vraiment que l’ensemble des membres du Gouvernement y soient associés.

Je travaille, aujourd’hui, très étroitement avec les représentants du secteur et du monde associatif qui travaillent en matière de lutte contre la pauvreté pour définir, avec eux, un projet qui soit vraiment conçu en fonction de leur connaissance du terrain, en fonction des véritables besoins du terrain. Nous y travaillons à un très bon rythme, avec des réunions qui sont encore prévues bientôt. Dans notre réflexion, la question des indicateurs, qui est au cœur de votre question, est une question essentielle, parce qu’il faut savoir ce que l’on mesure.

D’abord, il y a des indicateurs qui sont des indicateurs internationaux, bien connus, on l’appelle « le risque de pauvreté », « le taux de déprivation matérielle sévère », « le taux de chômage des 15-64 ans », « le pourcentage des jeunes » que l’on appelle « NEET », les jeunes qui ne sont ni à l’emploi ni en stage ni aux études. Ce sont des indices classiquement pris en considération pour mesurer le taux de pauvreté.

Aujourd’hui, dans l’état actuel des travaux que nous avons avec ces associations, il nous apparaît que le taux de déprivation matérielle est le plus utile. On pourra avoir un débat plus approfondi ici, mais c’est l’indice le plus clair. C’est celui qui dit : « Si vous n’avez pas une télévision, si vous ne mangez pas des fruits ou de la viande cinq fois par semaine, si vous ne partez pas en vacances », cela permet vraiment de cibler clairement les problèmes en matière de pauvreté et, donc, de concevoir des politiques qui répondent aux véritables difficultés. Alors qu’un taux agrégé, le taux de risque de pauvreté, par exemple, est un taux, c’est 60 % du revenu médiant, cela dit tout et cela ne dit rien.

En plus, cela pose un véritable problème d’opérationnalité pour la Région wallonne, parce que la Région, finalement, a assez peu de prise sur ce qui va former le revenu médian. Ce qui va former le revenu médian, c’est l’état général de l’économie, mais c’est surtout les politiques salariales qui sont encore, aujourd’hui, une compétence essentiellement, voire exclusivement, fédérale. Il vaut donc mieux prendre des indicateurs qui collent aux compétences qui relèvent de la Région et concevoir un plan qui soit en plein dans nos compétences.

On a aussi eu trop de plans où l’on veut tout mettre dedans, on veut mettre 85 mesures pour montrer que l’on a pensé à tout et que l’on n’a rien oublié et puis, finalement, on n’arrive pas à avoir quelque chose d’opérationnel. Je préfère un plan plus court qui dise : « Les publics cibles, vraiment, sur lesquels on veut concentrer l’action, c’est les enfants, les familles monoparentales, par exemple. Les actions où l’on pense que l’on peut avoir un vrai effet levier à court terme, c’est l’éducation – pour ce qui est de la fédération, évidemment, on travaillera avec eux – mais c’est ce qui est lié au coût du logement, au coût énergétique, à l’accès à l’alimentation équilibrée ».

Bref, des choses sur lesquelles la Région a de véritables prises. Voilà la réflexion telle que nous la menons aujourd’hui. Tout cela n’est pas terminé, je dois encore avoir quelques réunions avec le secteur avant de proposer, ensuite, une ébauche de plan à l’ensemble des membres du Gouvernement et l’ensemble des membres du Gouvernement y seront vraiment étroitement associés. C’est quand l’ensemble aura été approuvé que nous aurons l’occasion d’y revenir ici.

Mme la Présidente. – La parole est à Mme Durenne.

Mme Durenne (MR). – Monsieur le MinistrePrésident, je suis vraiment ravie d’apprendre que vous êtes effectivement très sensible à cette thématique et que vous voulez travailler avec l’ensemble du Gouvernement et également avec le secteur. J’entends bien revenir vers vous un peu plus tard, lorsque vous aurez avancé dans le dossier.

C’est un sujet effectivement très important et je ne manquerai pas d’y revenir.