Rôle des structures d’accueil dans le bégaiement de l’enfant

TrbllangLe bégaiement est une réalité quotidienne que vivent certains enfants, avec toutes les difficultés que cela peut avoir tant par rapport au regard des autres que dans l’apprentissage et la confiance en soi.

J’interpellai la Ministre sur le sujet et rappelai , comme une de mes collègues l’a fait avant, qu’une étude révélait que « près de la moitié des enfants issus d’un milieu socio-économique défavorisé présentent un retard ou un trouble langagier. Suite à cela, un programme de guidance parentale destiné à améliorer le langage avait été mis sur pied. »

Je vous invite à lire la totalité de l’échange ci-dessous.

Madame la Ministre,

Récemment la presse évoquait le bégaiement, réalité que vivent quotidiennement certains enfants et ce, dès leur plus jeune âge. Une association prenant en charge les enfants qui sont concernés par ce trouble du langage avançait qu’il fallait prendre en charge les enfants très tôt.

Ma collègue, Virginie Defrang-Firket rappelait en février dernier qu’une étude révélait que « près de la moitié des enfants issus d’un milieu socio-économique défavorisé présentent un retard ou un trouble langagier. Suite à cela, un programme de guidance parentale destiné à améliorer le langage avait été mis sur pied. »

La Ministre indiquait alors que l’ONE devait étudier les résultats et leur suivis. De même que la formation des intervenants de terrains est envisagée et « l’ULg, en collaboration avec l’ONE, envisagera notamment la mise au point d’une formation spécifique à la guidance parentale pour les logopèdes. »

La Ministre évoquait également la possibilité de conceptions de brochures à disposition des professionnels ainsi que la sensibilisation de ceux-ci aux attitudes et postures en faveur du développement du langage.

La Ministre peut-elle faire un État des lieux des actions menées par l’ONE dans le domaine des troubles du langage ? Où en sont les différentes actions citées ci-dessus ?

Connaît-on le nombre d’enfants touchés par des troubles du langages en Fédération Wallonie-Bruxelles ? Ainsi que le taux de couverture de leur prise en charge ? En d’autres termes, y a-t-il suffisamment de professionnels pour encadrer l’ensemble des enfants concernés ?

Toujours dans votre réponse, vous stipulez que « les collaborations à envisager pour la suite opérationnelle du programme sont à déterminer. » Le sont-elles aujourd’hui ?

Vous évoquiez dans une autre réponse « qu’une collaboration avec Lire et Ecrire est à envisager de même qu’un lien sera à établir avec les PSE qui rejoignent l’ONE en 2015 ». Qu’en est-il de cette collaboration et des liens à créer ?

Réponse :

Objet : e jouent les structures d’accueil dans la découverte et prise en charge du bégaiement de l’enfant

Le bégaiement est assez fréquent et banal chez l’enfant de 2 à 4 ans, période où il commence à structurer ses phrases au lieu d’utiliser des phrases mémorisées comme telles.

Il y a lieu de commencer à s’inquiéter lorsque l’enfant persiste à bégayer au-delà de 4 ans (cela concerne environ 5% des enfants de plus de 5 ans) ou si d’autres troubles sont associés (maladie des tics de Gilles de la Tourette…). Le garçon bégaie plus souvent que la fille et on observe souvent des antécédents familiaux.

Dans la très grande majorité des cas, le bégaiement disparaît spontanément en quelques mois.

Les moqueries, les réactions d’inquiétude ou d’agacement tendent à augmenter l’anxiété de l’enfant et son bégaiement.

Lorsque le bégaiement est isolé et persiste au-delà de 5 ans, il est préconisé de consulter un logopède pour entreprendre une rééducation (celle-ci n’est remboursée en Belgique qu’à partir de cet âge). Si le bégaiement est associé à un retard de langage, la prise en charge doit être plus précoce. La rééducation du bégaiement est souvent difficile et requiert un traitement multidisciplinaire (psychothérapie, psychomotricité, etc.).

L’OMS le définit comme une « parole caractérisée par une répétition fréquente de sons et de syllabes ou par des hésitations ou pauses fréquentes, pendant au moins 3 mois », et le classe parmi les « troubles émotionnels ou comportementaux ».

Dès lors, dans les milieux d’accueil, les puéricultrices devraient surtout être attentives à favoriser le développement langagier des enfants, l’équipe médicale ayant à accorder une attention, aux signes d’alerte ou de retard langagier, voire les retards plus globaux (retards psychomoteurs associés et pathologies neurologiques).

C’est plus au niveau des maternelles qu’il faut être attentif au bégaiement.

En 2016-2017, une campagne sera centrée sur le langage et une journée est prévue en 2017 à destination des milieux d’accueil et écoles/PSE/PMS.

Il est à rappeler par ailleurs que l’ONE a soutenu une recherche-action, clôturée en 2014: « Soutien à l’apprentissage du langage » au départ d’un constat objectif de retards de langage parmi les enfants fréquentant les consultations ONE aux âges de 18 mois et 30 mois.

Ces constats sont évalués à partir des bilans de santé de la Banque de Données Médico-Sociales ONE (bilans de santé à 18 mois et à 30 mois – BDMS ONE).

La recherche-action a été menée dans des consultations pour enfants en s’appuyant sur la coopération des équipes œuvrant dans ces structures et particulièrement les TMS de l’ONE.

Dans ce contexte expérimental, transposable à des projets santé parentalité, dits PSP, développés systématiquement dans les consultations pour enfants, les professionnels de terrain ont bénéficié du soutien de logopèdes et ont travaillé avec les parents (et enfants) dans une optique de soutien à la parentalité.

Les résultats de la recherche-action sont très encourageants parce qu’ils montrent dans cette phase expérimentale, des résultats probants au niveau du rattrapage des retards de langage grâce à la formation des parents à soutenir l’éclosion du langage de leurs enfants de 18 à 36 mois. Globalement, le travail mené a été une réussite.

Cette recherche-action a fait l’objet de présentations publiques : Colloque « Le langage des enfants, parlons-en ! », un microprogramme et un webdocumentaire « Air de familles » s’est penché sur la question : http://www.airdefamilles.be/langage-agir-tôt, l’émission « O positif » a également traité la thématique du langage. C’est une façon de sensibiliser les professionnels de la petite enfance.

De même, la journée de formation des médecins de l’ONE d’octobre 2014 était consacrée à l’apprentissage du langage chez le tout petit et a donné une grande place aux résultats de la recherche. Les vidéos de cette formation sont mises en ligne sur la plate-forme de formation des médecins et des TMS.

Outre le soutien à l’apprentissage du langage développé dans la recherche-action, celle-ci a également mis au point un outil de dépistage précoce des retards de langage. Cet outil vient d’être diffusé aux TMS et aux médecins des consultations.

Les outils existants pour lutter contre les troubles du langage sont multiples surtout si on inclut dans la question, des pathologies et autres malformations qui nécessitent le recours à l’intervention de spécialistes. Dans le cadre du travail mené à la demande de l’ONE, il était essentiellement question d’une intervention au niveau des soins de première ligne, c’est à dire la prévention primaire. Cette prévention primaire s’intéresse surtout à éviter que des enfants n’ayant à priori aucune raison de développer un retard de langage ne le développent par manque de stimulation ou par stimulation inadéquate. Les actions à engager visent le rattrapage de retards dont les causes premières reposent sur un manque de stimulation de l’enfant dans son cadre parental. Il va cependant de soi que les attitudes apprises pour les enfants n’ayant pas de trouble primaire pourront être judicieusement adaptées aux enfants ayant des troubles constitutifs.

Les collaborations à envisager pour la suite opérationnelle du programme sont à déterminer. Suite à cette étude et dès à présent, nous réfléchissons avec les Collèges médicaux, la Direction santé, la Direction Etudes et Stratégies, la Direction psycho-pédagogique et les deux directions générales accueil et accompagnement réfléchissent à un plan d’action.

Celui-ci  prendra place lors de la prochaine campagne thématique de l’Office 2016-2017 qui se centrera sur la question du développement du langage chez l’enfant.

En conclusion : la question du bégaiement de l’enfant, même si elle ne concerne qu’un pourcentage marginal de ceux-ci, mérite une réelle attention.

L’attention accordée par l’ONE aux retards du langage s’est centrée en premier lieu sur les enfants reçus en consultations pour enfants.

La raison en est le travail mené en collaboration étroite avec les parents, plus aisée à opérationnaliser en consultation pour enfants qu’en milieu d’accueil (où le parent n’est en principe pas présent) .

Comme signalé ci-dessus, le bégaiement n’est pas à prendre à la légère, surtout s’il persiste au-delà de 5 ans.

Une attention particulière à cette problématique est à entamer dès l’école maternelle.

Le recours aux compétences à des logopèdes est à envisager en cas de persistance du bégaiement à l’âge de cinq ans. Si le bégaiement est associé à un retard de langage, la prise en charge doit être plus précoce (18 à 36 mois).

Je vous remercie pour vos questions.

Joëlle MILQUET

Vice-présidente et Ministre de l’Education, de la Culture et de l’Enfance