Enfance et crèches

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L’accueil de la petite enfance, et de l’enfance de manière générale, est un sujet d’importance à la fois citoyen et politique, familial et économique.

L’évolution sociétale a, depuis plusieurs années maintenant, amené les deux parents à travailler pour subvenir à leurs besoins. Cela veut donc dire qu’il a désormais fallut s’organiser autrement et cela a eu un impact sur la manière dont la famille s’organise désormais.

De famille à un seul revenu, très souvent celui-du père, où la mère s’occupait de son foyer et de ses enfants, la société a évolué vers des familles à deux revenus où ni la mère, ni le père ne peut s’occuper à temps plein des affaires familiales.

À ce phénomène, il faut ajouter celui de la monoparentalité, souvent à la suite d’une rupture, où un seul parent doit subvenir au besoin des enfants mais sans le temps d’un second parent, car une journée ne fait que 24h…

En d’autres termes, la famille n’occupe plus la place centrale qu’elle occupait avant car beaucoup plus ouverte sur le monde. Cette évolution mène à se poser la question de la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle.

En Belgique, comme dans beaucoup d’autres pays européens, une des réponses apportées est la mise en place de politiques publiques destinées à développer l’accueil de l’enfance. Dans notre pays fédéral, ce sont les communautés qui en sont compétentes, donc la Communauté Française, dites aussi la « Fédération Wallonie-Bruxelles » (FWB).

La FWB développe depuis plusieurs années maintenant une politique d’accueil de l’enfance qui, malheureusement pour les parents qui en ont besoin, est loin d’être efficace.

Voici un état des lieux chiffré et commenté sur l’accueil de la petite enfance et le moins que l’on puisse dire, c’est que les chiffres ne coïncident pas.

  1. Le Plan Cigogne IIIstork-328455_1280

Le plan Cigogne est le nom donné par le gouvernement Demotte, en 2005, et qui est censé combler le déficit de places en FWB ou du moins, atteindre le seuil critique des 33% de taux de couverture. En 2013, le 3ème du nom est annoncé… Preuve que la mayonnaise a du mal à prendre !

Ce taux est le taux dit « de Barcelone », survenu à la suite d’un accord européen selon lequel, partout en Europe, les structures d’accueil doivent couvrir 33% des besoins parentaux en matière d’accueil des 0 à 3ans. Est-ce que ce chiffre est suffisant ? C’est une autre question.

Entre 2008 et 2010, seules deux provinces Wallonnes était au deçà des 33%, le Brabant Wallon et le Luxembourg. Pour le Luxembourg, cela s’explique par le moins grand besoin étant donné une population moins nombreuse.

Et pour le Brabant Wallon, cela s’explique, par une présence plus importante de crèches non subventionnées par l’ONE qui, à son tour, s’explique par un taux d’emploi plus élevé et une meilleure qualité de l’emploi et des revenus plus élevés. Les crèches peuvent donc se permettre d’établir des tarifs plus élevés à leur tour ce qui a pour effet de les rendre plus viables.

Namur est venu rejoindre ce duo en 2011. Désormais trois provinces ont un taux supérieur à 33%.

Ça n’est pas le cas dans les autres provinces. Dans le Hainaut comme dans la province de Liège, le seuil n’a pas encore passé les 33%. Pire, le dernier volet du Plan Cigogne III a complètement dérapé.

1 488 places subsidiables n’ont pu être octroyées par manque de dossiers rendus.

En effet, ouvrir une crèche dans ces provinces coûte proportionnellement plus cher car les salaires sont généralement moins élevés (le taux de chômage, lui par contre est plus élevé) et donc les tarifs sont moins élevés.

Conséquence : les crèches sont en déficits, ce qui freine certainement un privé mais également les communes dans une période difficile que nous traversons.

Ce plan Cigogne III avance donc en demi-teinte, avec des annonces multiples et parfois incompréhensibles. Ainsi, Jean-Marc Nollet, précédent Ministre de l’Enfance en FWB annonçait 16.000 places en plus pour 2022. Le contrat de gestion de l’ONE en annonce, lui, 14 849 quand on peut lire sur le site de l’ONE la création de 12.337 places. Quel chiffre croire ?

Voici en tout cas, selon le rapport de 2013 de l’ONE, le nombre de places actuelles dans chaque province.

  • Brabant Wallon : 4 840 (47,9 %)
  • Liège : 8 306 (28,2%)
  • Luxembourg : 3 257 (38,7%)
  • Namur : 5 136 (37,2%)
  • Hainaut : 9 800 (25,8%)

Néanmoins, je vais être honnête, je n’ai pas trouvé LE nombre de places créées réellement par le Plan Cigogne III. C’est à cet effet que j’interrogerai la Ministre sur le melting pot  des nombres de l’ONE.

  1. Le Plan SEMA.

Ce plan devait permettre une Synergie entre Employeurs et Milieu d’Accueil (SEMA). C’est un échec le plus complet.

Pour faire bref, des entreprises pouvaient réserver des places pour leurs employés moyennant 3000€. Le système était accompagné de règles trop rigides et n’a pas eu l’effet escompté auprès des employeurs. Preuve en est avec ces chiffres :

  • 836 places : c’était l’objectif du Plan SEMA à sa création.
  • 193 places : c’est le nombre de places effectivement créées ou réservées… avec seulement 131 par des entreprises.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes…

Retrouvez à ce sujet l’article complet ICI.

  1. Le Plan Marshall.

Il faut savoir une chose, la Wallonie – tout comme la Région Bruxelloise – est compétente en matière d’accueil de l’enfance UNIQUEMENT pour les infrastructures.

En d’autres termes, ce sont elles qui donnent les subventions.

Le Plan Marshall 2.vert, tout comme son prédécesseur, évoquait l’accueil de l’enfance or, le sujet a complètement disparu du nouveau Plan, le 4.0. Oubli ou décision volontaire, cette disparition est un mauvais signal envoyé à tout le secteur ainsi qu’aux familles, mais marque également une incohérence pour des partis qui disent vouloir concilier vie privée et professionnelle.

En effet, l’absence de l’accueil de l’enfance dans le Plan phare du gouvernement n’est pas de nature à rassurer ceux qui travaillent, qui veulent travailler ou entreprendre.

  1. Problèmes récurrents.baby-587922_1280

Plusieurs problèmes reviennent régulièrement, outre le manque de places, dans l’accueil de l’enfance :

  • La flexibilité des horaires
  • La Proximité de la crèche
  • La nécessité de s’inscrire des mois à l’avance
  • La difficulté à trouver une place

Donc, bien que les chiffres s’améliorent, il faut le dire aussi, l’accueil de l’enfance et sa gestion en Wallonie et FWB est défaillant. À mes yeux, il est important, d’ouvrir le secteur aux acteurs qui désirent offrir un service aux parents qui le demandent. Or, aujourd’hui, cela est impossible car le privé est presque systématiquement mis de côté que ce soient des crèches ou des accueillantes autonomes/conventionnées.

Il reste donc du chemin à parcourir et tant que les Ministres ne comprendront pas qu’augmenter l’accueil de l’enfance doit se faire dans un souci de pluralité et de qualité. Le secteur public ne sera pas à même de subventionner l’ensemble des places nécessaires à long terme.