Le stress, ce fléau quotidien

man-742766_1280Le stress peut se définir comme l’ensemble des réactions automatiques, biologiques et neurophysiologiques, nécessaires à l’organisme pour s’adapter et répondre à des stimulations nouvelles ou inattendues, ou d’intensité, de difficulté, de fréquence inhabituelles.

Le stress est considéré par l’OMS comme un élément qui influe négativement sur la santé psychologique et physique des individus ainsi que sur l’efficacité de l’entreprise. Cependant, qu’il soit de ressenti positif ou négatif, le stress peut altérer l’intégrité physique et psychologique de l’individu : – si il devient trop fréquent ou permanent ; – si il est trop intense et devient inhibant ; – si il dure trop longtemps et devient épuisant. En d’autres termes, quand les individus ne savent lus y faire face.

Une étude réalisée entre 1985 et 2006 par des chercheurs européens sur deux cent mille personnes dans sept pays d’Europe a démontré que les personnes soumises à un stress au travail ont un risque plus élevé de 23 % d’être victimes d’un infarctus que celles qui n’y sont pas exposées. Dans un commentaire, un des chercheurs soulignait que, d’après l’étude, le stress « résulte souvent plus d’une combinaison d’exigences élevées et de manque de contrôle dans le travail, que de l’un ou de l’autre de ces facteurs. »

Une autre étude menée par des chercheurs des universités de Hambourg et de Humbolt en Allemagne a démontré que le stress psychologique altère le cycle de croissance normal des cheveux[1].

Une troisième et récente étude allemande effectuée à l’Hôpital universitaire de Duisburg-Essen démontre, quant à elle, que le stress, tel qu’il est vécu au quotidien, peut en effet contribuer à l’apparition ainsi qu’à la sévérité des maux de tête[2].

Enfin, si chez certains le stress s’avère être un élément qui aide à être davantage performant, dans d’autres cas, celui-ci peut provoquer des insomnies et/ou évoluer en dépression. Cette dernière touchait 12,1% des belges en 2013[3].

Le stress est un mal silencieux que certains n’hésitent pas à appeler le mal des temps modernes. Aujourd’hui tout un chacun est susceptible d’être touché par ce mal-être psychologique et mental. On estime d’ailleurs que 64% des belges sont stressés, rien qu’au travail[4].

drug-621844_1280Les recherches via « Google » qui, au fil du temps, deviennent des indicateurs pour beaucoup de tendances annuelles, ont connu une augmentation de 13,3% entre 2013 et 2014 pour le mot « stress » ainsi que nous l’annonçait Newpharma le 10 mars 2015[5]. Cette augmentation est même de 77% pour le terme « anti-stress ». Du coté néerlandophone du pays, notons que le nombre de recherches sur les termes concernant les « troubles du sommeil » ont progressé de façon spectaculaire avec une augmentation de plus de 170%[6].

En termes de facteur de stress la vie professionnelle apparait comme le premier facteur de stress auquel il convient d’ajouter celui dû à la vie familiale, la vie en couple, l’argent, la santé, etc.[7]

De nombreux compléments alimentaires, médicaments anti-stress ont vu le jour depuis des années mais s’ils peuvent résoudre a posteriori un problème, ils résolvent rien a priori. De plus, ils coutent tant pour les ménages que pour la sécurité sociale.

C’est donc en amont qu’il convient de travailler afin de réduire les facteurs de stress.

L’OMS préconise d’ailleurs de travailler sur les compétences psychosociales de la personne pour lui donner les outils personnels afin de pouvoir gérer au mieux les situations stressantes. L’OMS décrit ainsi que « les compétences psychosociales sont la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne.

C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adaptant un comportement approprié et positif, à l’occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement. Les compétences psychosociales ont un rôle important à jouer dans la promotion de la santé dans son sens le plus large, en termes de bien-être physique, mental et social.

Plus particulièrement quand les problèmes de santé sont liés à un comportement, et quand le comportement est lié à une incapacité à répondre efficacement au stress et aux pressions de la vie, l’amélioration de la compétence psychosociale pourrait être un élément important dans la promotion de la santé et du bien-être, puisque les comportements sont de plus en plus impliqués dans l’origine des problèmes de santé. »[8]

man-390339_1280On en compte ainsi une dizaine qui peuvent être développées, de manière préventive, tant durant l’enfance, que l’adolescence qu’en étant adulte. Celles-ci sont développées par paires : avoir conscience de soi – avoir de l’empathie pour les autres ; savoir gérer son stress – savoir gérer ses émotions ; savoir résoudre les problèmes – savoir prendre des décisions ; avoir une pensée créatrice – avoir une pensée critique ; savoir communiquer efficacement – être habile dans les relations interpersonnelles[9]. Ces compétences, si elles sont correctement apprises permettent à l’individu de faire davantage face aux situations stressantes. En matière de prévention, il apparait nécessaire et important de travailler pour le développement de ces compétences personnelles.

En matière de stress au travail, on estime, comme indiqué plus haut, à 64% le nombre de belges souffrant de stress au travail, « soit une augmentation de 18% par rapport à 2010 »[10]. En France, l’Institut National de Recherche Scientifique avance « qu’on parle de stress au travail quand une personne ressent un déséquilibre entre ce qu’on lui demande de faire dans le cadre professionnel et les ressources dont elle dispose pour y répondre. Les situations stressantes qui s’installent dans la durée ont toujours un coût pour la santé des individus qui les subissent.»[11]

Le diplôme et le statut font tout de même une différence : 51% des universitaires ressentent beaucoup de stress contre 40% des travailleurs moins diplômés. Les cadres sont aussi 51% à souffrir significativement du stress professionnel contre 42% des employés ou 41% des ouvriers.

Les principales causes citées sont un manque de reconnaissance (plus de 50%), un travail répétitif (45%), la vitesse de travail (43%) et un manque d’autonomie (38%).

Dans son White Paper parut en mars 2013, Securex met en avant que 37% des absences au travail sont dues au stress. Cette étude souligne que « le stress au travail, et plus particulièrement l’apparition de problèmes liés au stress, est également à la base de l’augmentation de la durée des absences »[12]. En 2013, une absence pour maladie durait en moyenne 14,05 jours ouvrables, soit une augmentation significative par rapport à 2012 où l’absence moyenne durait 13,16 jours ouvrables[13]. SECUREX estime que le coût de ce stress pour l’employeur s’élève au minimum à 3 750 euros par an par travailleur[14]. Au total, en 2013, ce sont 10,6 milliards d’euros de cout pour les employeurs[15].

Certaines entreprises ont d’ailleurs pris des mesures importantes pour leurs employés. Ainsi, ceux-ci se voient offrir régulièrement des séances de relaxation ou de massage. Cela est bénéfique tant pour l’employé et sa santé que pour l’entreprise car l’ambiance y est meilleure, l’employé est plus concentré, donc plus productif. En 2011, le Figaro citait Microsoft, Google, Total comme entreprises qui « chouchoutent leurs employés ». Ces entreprises mettent à disposition de leur personnel des salles de sports, piscines, salles de jeux,… Plus proche de chez nous, « ClearSource, une entreprise de recrutement, offre  tous les 15 jours à ses collaborateurs, un massage de 15 à 20 minutes »[16]. Ces mesures sont considérées comme des opérations win-win par ceux qui en usent et en profitent.

En 2013, 1.169.208 de personnes ont bénéficié d’un remboursement d’un antidépresseur, ce qui équivaut à 12,7% du nombre total de bénéficiaire de l’INAMI[17]. Les dépenses de l’INAMI atteignent donc 128.620.277€. Cela fait une moyenne de 109,31 euros de dépense par personne[18].

Selon les derniers chiffres disponibles, en 2012, pas moins de 991 040 359 comprimés antidépresseurs ou relatifs aux troubles du système nerveux ont été consommés en Belgique (contre 960 500 302 en 2011). Ce qui représente un coût total de 545 859 472 € (dépenses nettes)[19]. À ces dépenses, il faut y ajouter celles dues aux maladies dérivées du stress, comme les maladies cardiovasculaires.

figure-552117_1280D’autre part, le travail n’est pas le seul à être facteur de stress, nous l’avons vu. Dans les facteurs de stress quotidiens et sur lesquels les pouvoirs publics peuvent agir directement, notons ceux qui ont trait à la vie familiale et plus particulièrement à la conciliation de la vie professionnelle avec celle-ci. « Ce sont plus souvent les femmes, et en particulier les mères célibataires qui doivent trouver un équilibre entre vie familiale et vie professionnelle qui souffrent de ce type de stress. »[20]

Une part du stress quotidien peut-être généré par des services publics défaillants ou inadaptés, tant en terme d’horaires que de réponses apportées. Et l’Association Bruxelloise du Bien-Être au Travail de citer une douzaine de facteurs liés aux conflits travail/vie de famille, parmi lesquels nous retrouvons les heures d’ouverture des crèches et des écoles, les moyens de transport et la mobilité, la prise en charge d’une personne dépendante ainsi que l’ engagement dans un parcours de formation[21]. Ces éléments mis en lumière permettent de démontrer, de par leur existence, le rôle que les pouvoirs publics peuvent directement jouer sur une diminution du stress chez les personnes concernées. Ainsi, apporter des réponses aux problèmes d’accueil de l’enfance, de mobilité, d’accueil des personnes dépendantes, etc. constitue des éléments de base sur lesquels les pouvoirs publics doivent s’appuyer pour diminuer le stress dû à ces conflits travail/vie de famille.

À propos des pouvoirs publics, notons toutefois que ceux-ci ont déjà entrepris différentes actions sur le sujet. Ainsi, la campagne sur les risques psychosociaux a vu le jour le 3 septembre 2012 à l’initiative du SPF Emploi, Travail et Concertation sociale. L’objectif de cette campagne consiste à favoriser un changement de mentalité, une prise de conscience de la nécessité d’agir dans le domaine des risques psychosociaux.

Nous avons pu également assister du 6 au 10 octobre 2014 à la quatrième semaine anti-stress mise en place par la Wallonie et le Centre de référence en santé mentale. Celle-ci proposait une série de ciné-débats, de séance de yoga du rire,  d’ateliers, de conférence et de journées d’études sur l’humour et la joie notamment[22].

Une disposition relative au burn out des travailleurs a également imposée dans la loi sur les contrats de travail par la chambre des Représentants.

L’arrêté royal royal relatif à la prévention des risques psychosociaux au travail publié au Moniteur Belge le 10 avril 2014, impose aux entreprises de prendre en compte, dans leur politique de prévention, l’ensemble des risques psychosociaux au travail. Notons que cette dernière disposition est entrée en vigueur le 1er janvier 2015.

Ainsi, depuis le 1er mars 2015, le règlement de travail de chaque société doit indiquer des personnes de contact et outils à la disposition de l’employé en la matière.

Il convient cependant d’aller plus loin dans ce combat contre le stress dans sa globalité avant qu’il ne devienne davantage un problème de santé publique. Ce combat doit concerner tous les niveaux de pouvoir de l’État belge compétents en matière de santé.

[1] CENTRE D’ETUDES SUR LE STRESS HUMAIN, 2014, Le stress psychologique causerait la perte de cheveux, article en ligne : http://www.stresshumain.ca/stress-et-vous/dans-la-vie-courante/dans-la-vie-courante/le-stress-psychologique-causerait-la-perte-de-cheveux.html

[2] Ibidem, Le stress pourrait-il nous donner la migraine ?, article en ligne :  http://www.stresshumain.ca/stress-et-vous/dans-la-vie-courante/dans-la-vie-courante/le-stress-pourrait-il-nous-donner-la-migraine.html

[3] Le Soir en ligne, 22/02/2014, Un belge sur dix en dépression en 2013, article en ligne http://www.lesoir.be/475721/article/styles/bien-etre/2014-02-22/un-belge-sur-dix-en-depression-en-2013

[4] SECUREX, 05/02/2014, Communiqué de presse. Trop de stress chez les travailleurs implique également de gros tracas pour l’employeur, p.1, communiqué en ligne http://www.securex.be/export/sites/default/.content/download-gallery/fr/pressreleases/PR-140205-Stress-travail-FR.pdf

[5] LE VIF, 10/03/2015, Les Belges de plus en plus préoccupés par le stress et les insomnies, article en ligne http://www.levif.be/actualite/sante/les-belges-de-plus-en-plus-preoccupes-par-le-stress-et-les-insomnies/article-normal-370929.html

[6] IBIDEM, pour les termes « Kan niet slapen ».

[7] LHÔTE A., Connaissez-vous les facteurs de stress ?, PasseportSanté.net, article en ligne http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=facteurs-de-stress_20120210

[8] OMS, 1993

[9] IBIDEM

[10] SECUREX, 05/02/2014, Communiqué de presse. Trop de stress chez les travailleurs implique également de gros tracas pour l’employeur, p.1

[11] INRS Santé et Sécurité au Travail, Stress au travail, p. 1, PDF en ligne http://www.inrs.fr/risques/stress/ce-qu-il-faut-retenir.html

[12] SECUREX, 2014, White Paper. Absentéisme en 2013. La hausse accélérée des absences de longue durée nécessite un politique de réintégration, p.10.

[13] IBIDEM, p. 7

[14] SECUREX, 05/02/2014, Communiqué de presse. Trop de stress chez les travailleurs implique également de gros tracas pour l’employeur, p.1

[15] SECUREX, 2014, White Paper. Absentéisme en 2013. La hausse accélérée des absences de longue durée nécessite un politique de réintégration, p.8.

[16] BURGE D., 18/11/2014, RTBF. Comment rester zen à tout âge de la vie?, article en ligne http://www.rtbf.be/info/societe/detail_comment-rester-zen-a-tout-age-de-la-vie?id=8403270

[17] INAMI, 2014, Infospot. Les antidépresseurs, p. 5

http://www.inami.fgov.be/SiteCollectionDocuments/infospot-2014-02-fr.pdf

[18] Le Soir en ligne, 23/05/2014, Plus d’un million de Belges ont consommé des antidépresseurs en 2013, article en ligne http://www.lesoir.be/552042/article/actualite/belgique/2014-05-23/plus-d-un-million-belges-ont-consomme-des-antidepresseurs-en-2013

[19] SPF Sécurité Sociale, 2012, Les dépenses sociales en Belgique. Chiffres-clefs, p. 11, PDF en ligne http://socialsecurity.fgov.be/docs/essobs_kerncijfers/brochure_kerncijfers_2012_fr.pdf

[20] LHÔTE A., Connaissez-vous les facteurs de stress ?, PasseportSanté.net, article en ligne http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=facteurs-de-stress_20120210

[21] ABBET, Concilier vie privée et vie professionnelle… tout un programme !, article en ligne http://www.abbet.be/Fiche-6-1-1-Concilier-vie-privee

[22] Site web de la Semaine Anti-Stress, http://lampspw.wallonie.be/antistress/